bulletin de la Société Jules Verne
N°209 Novembre 2024
[ Table des Matières
Éditorial (p. 1) - In memoriam : Jacques Pezeu-Massabuau (p. 1) - L. Sudret : La plume de Jules Verne à l’honneur (p. 2) - A. Marcetteau-Paul : Une pléiade de Robinsons (p. 7) - V. Dehs : Jules Verne en voyage – naufrage et réussite. Deux éditions de textes très différentes (p. 14) - V. Dehs : Compléments à la correspondance Verne-Hetzel (1867-1904) (p. 20) - V. Dehs : Entre les extrêmes. Les antécédents d’une lettre (p. 53) - V. Dehs : Les lettres de Jules et Michel Verne à l’archiduc Louis-Salvator d’Autriche (p. 66) - V. Dehs : Autour du voyage de 1887 (p. 94) - V. Dehs : À propos d’un faux portrait de Jules Verne (p. 102) - V. Dehs : Laurent Tailhade plagiaire de Jules Verne ? (p. 106) - L. Tailhade : Lamento d’un poil sur un cul désaffecté (p. 113) - Table des illustrations (p. 117)
[ Éditorial
Certains des textes qui composent ce numéro renvoient à d’anciennes publications et prouvent, si besoin est, que le temps fait souvent bien les choses : des documents négligés ou ignorés ne cessent de ressurgir et contribuent à compléter ou corriger nos connaissances sur certains aspects de la vie de Jules Verne et de son œuvre.
La correspondance de l’écrivain est loin d’être connue dans son intégralité, mais depuis sa fondation et la création de son Bulletin, la Société Jules Verne s’est toujours efforcée de contribuer à la publication des documents épistolaires, surtout avec la parution aux éditions Slatkine (1999-2006) des cinq volumes de lettres échangées entre Jules Verne, son fils Michel et leurs éditeurs Hetzel, qui trouveront dans ce numéro un modeste complément. D’autres lettres s’y ajoutent, dont celles adressées à l’archiduc autrichien Louis-Salvator, qui ont un caractère tout-à-fait différent.
Nous examinons de plus près une (fausse) image de Jules Verne ainsi qu’une poésie dont l’authenticité paraît douteuse mais dont les circonstances de la publication nous renvoient inopinément à la vie culturelle nantaise.
La présentation de médailles récemment consacrées à Jules Verne par la Monnaie de Paris, et des comptes rendus de trois ouvrages importants, ouvrent et complètent ce numéro qui sera bientôt suivi d’un autre Bulletin commémorant le centenaire du décès de Michel Verne.
La rédaction (juin 2025)
[ LA PLUME DE JULES VERNE À L’HONNEUR
Par Laurence Sudret
L’année 2025 est marquée par de nombreux hommages rendus à Jules Verne. Cette année qui marque les 120 ans de son décès (terme désagréable que je préfère cent fois à « disparition » tant cela signifie le contraire absolu de la réalité !) recevra également un hommage de la Monnaie de Paris qui a choisi de consacrer sa collection « l’Art de la Plume » (1) au romancier des Voyages extraordinaires. Dans cette collection, on trouvera cinq pièces : l’une figurant l’auteur (2) et quatre pièces représentant chacune un roman : Vingt mille lieues sous les mers, Voyage au centre de la Terre, De la Terre à la Lune et Le Tour du monde en 80 jours (3).
Félicitons dans un premier temps le graphisme de la plaquette de présentation des collections de l’année, qui est particulièrement réussi [illus. 1]. Certes, pour qui connaît un peu l’univers vernien, la pieuvre, le ballon, le globe terrestre, l’obus lunaire, l’éléphant, les champignons, le scaphandre... sont autant de signaux qui font immédiatement écho. Nul n’est besoin de lister les romans concer- nés, nos lecteurs ne les auront que trop facilement reconnus. Une surprise néanmoins avec le sous-marin pris dans les tentacules de la pieuvre qui ressemble beaucoup plus à celui né de l’imagination de Karel Zeman qu’à l’incontournable Nautilus de Disney que nous sommes habitués à voir.
Les pièces elles-mêmes sont comme toujours de toute beauté mais il est intéressant de les observer plus en détail pour constater qu’une fois encore, les erreurs déjà signalées / soulignées / dénon- cées... – et autres participes passés du même acabit – perdurent. Quel dommage que le graveur4, qui a fait un très beau travail au demeurant, n’ait pas pris le temps de vérifier certaines de ses informations ou souvenirs. Le site offre à la lecture un mot de sa part : « Réaliser une collection de monnaies sur Jules Verne fut pour moi un réel plaisir. Auteur visionnaire, il a imaginé des horizons inexplorés et invité les générations futures à rêver, à imaginer et à repousser les limites du possible. J’ai souhaité représenter le véri- table magicien qu’il était ainsi que la diversité des mondes qu’il a pu concevoir à travers ces cinq dessins. Que cette collection soit une invitation à voyager dans l’univers fantastique de Jules Verne. »5 C’est alléchant, mais en ce qui concerne l’univers fantastique de Jules Verne, on constate qu’il en a un peu ajouté... [illus. 2]
Ainsi, qui regarde la première pièce de la page 5 – Le Tour du monde en 80 jours – prend plaisir à retrouver tous les éléments qu’il associe familièrement au roman : le cadran d’une montre, l’élé- phant (Kiouni) portant fièrement les héros, Big Ben les bateaux, le radeau se déplaçant sur la glace et les trains. Quel talent d’avoir réussi ainsi à réunir sur une si petite surface autant de détails qui parleront aux amoureux férus et aux amateurs occasionnels. Néanmoins, deux détails supplémentaires, et pas des moindres, ne peuvent que nous surprendre voire nous chagriner : la présence de la Tour Eiffel et surtout la nacelle d’une montgolfière occupant tout le centre de la pièce ! Passe encore pour la Tour Eiffel : Phileas Fogg et Passepartout passent en effet par Paris, très rapidement cependant, mais on a le droit d’être un peu chauvin en l’occurrence quand il s’agit de la Monnaie de Paris (6). Mais qu’en est-il de cette nacelle ? Que vient-elle donc faire là au beau milieu de ce spectacle, gâchant notre plaisir ? Ce n’est pourtant pas faute de répéter à l’envi qu’il n’y a pas, qu’il n’y a jamais eu de ballon dans ce roman. Certes les cinéastes l’ont souvent ajouté dans leur adaptation mais il n’en reste pas moins que si c’est un transport que l’on qualifie facilement de vernien, aucun ballon, aucun filet, aucune nacelle n’apparaît dans ce – pourtant – si célèbre roman.
J’ai donc regardé sur le site de la Monnaie de Paris les informa- tions relatives à ces créations : « Sur la face de cette pièce, Phileas Fogg est au premier plan dans sa montgolfière, accompagné de Jean Passepartout, son fidèle valet français, et de Mrs Aouda, la jeune veuve qu’il a sauvée. » C’est donc une erreur bien volon- taire... au point d’utiliser le déterminant possessif d’ailleurs « sa » montgolfière !
De la même façon, sur la pièce représentant le Voyage au centre de la Terre on retrouve des éléments auxquels nous sommes bien habitués : les champignons géants, la mer intérieure ainsi que le radeau qui la traverse, le combat entre l’ichthyosaure et le plésiosaure, l’éruption volcanique au loin et les trois courageux voyageurs. À nouveau, une telle liste force le respect quand...
