[ Henri Gilbert, un Philéas Fogg méconnu

Par Alexandre Tarrieu


         La parution à Melbourne en 2000 d'un curieux ouvrage, non publié en version française bien qu'écrit en cette langue, A Frenchman's walk across the Nullarbor. Gilbert's diary, Perth to Brisbane, traduit et annoté par Colin Dyer, nous fait découvrir un Philéas Fogg oublié de la fin du dix-neuvième siècle. Il s'agit du journal de voyage du journaliste Henri Gilbert, écrit de 1895 à sa disparition, retrouvé dans une bibliothèque de Brisbane.

Henri Gilbert, né à Nantes le 14 mai 1865, fils d'un marchand de chaussures, va, comme le héros de Jules Verne, se lancer dans un périple autour du monde à la suite d'un pari (de 10 000 livres anglaises). Mais, il devra effectuer ce voyage entièrement à pied, à l'exception évidente des traversées maritimes et sans le moindre argent autre que celui qu'il gagnera durant son aventure et qui sera obligatoirement utilisé pour assurer sa subsistance. Régulièrement, il devra informer les journaux qui le commanditent, le Radical d'Alger et La Dépêche du midi et, à son retour, pourra en publier le récit.

C'est ainsi que le 19 février 1895, Henri Gilbert quitte Paris avec pour seuls bagages un sac de voyage et un appareil photographique. Après avoir traversé l'Espagne, l'Algérie, la Tunisie, l’Égypte et la Mésopotamie, il joint Bombay puis Ceylan d'où il se rend à Singapour et Java avant d'atteindre l'Australie fin août-début septembre 1897 à Fremantle dans les environs de Perth.

Le 6 septembre, il est à Albany d'où il expédie ses dépêches en France et fait certifier, comme à toutes ses étapes, son passage par le maître des postes. Il commence le 13 septembre la traversée du désert de Nullarbor en suivant la ligne télégraphique. Il souffre alors énormément de la faim et de la soif, tombe malade et, après avoir miraculeusement échappé à un incendie de brousse, trouve refuge dans des stations d'élevage avant de reprendre son voyage.

Son passage est alors authentifié dans les villages d'Esperance, d'Israelite Bay, d'Eucla (en janvier 1898) et de Port Augusta où la population l'accueille chaleureusement en mars 1898. Après George Town puis Adélaïde, il parvient à Melbourne en juin 1898 où son arrivée est annoncée par la presse.

Le 13 août, il atteint Sydney et quatre mois plus tard, à la veille de Noël, arrive à Brisbane. Il a alors parcouru quatre mille huit cents kilomètres sur le sol australien ! Les journaux du Queensland lui consacrent de prestigieux articles et son départ pour la Chine est annoncé le 7 janvier 1899.

Mais c'est ici que le mystère demeure encore à ce jour. Alors qu'il projetait de traverser le Pacifique puis les États-Unis et l'Amérique du Sud afin de revenir à Paris pour le 1er juin 1900, toute trace de lui disparaît. Seul son journal est retrouvé par hasard dans une bibliothèque de Melbourne un siècle après son étrange disparition. L'ouvrage de 208 pages s'avère plus anecdotique que scientifique mais laisse d'agréables descriptions des déserts de l'Australie. Gilbert y loue l'hospitalité des habitants mais laisse une image très négative des aborigènes qu'il a rencontrés.

Bibliographie

A notre connaissance, seul Numa Broc dans son Dictionnaire des Explorateurs français du XIXe siècle (Tome IV, Océanie, CTHS, 2003, p.190-191) a consacré une étude à Henri Gilbert.

Henri Gilbert Publié dans le Western Mail, Perth, le 27 août 1897
(Western Mail) 


bulletin de la société jules verne

192 Août 2016

[ Un briseur de tabous hollywoodiens, Jules Verne

>>

[ Henri Gilbert, un Philéas Fogg méconnu

Par Alexandre Tarrieu


         La parution à Melbourne en 2000 d'un curieux ouvrage, non publié en version française bien qu'écrit en cette langue, A Frenchman's walk across the Nullarbor. Gilbert's diary, Perth to Brisbane, traduit et annoté par Colin Dyer, nous fait découvrir un Philéas Fogg oublié de la fin du dix-neuvième siècle. Il s'agit du journal de voyage du journaliste Henri Gilbert, écrit de 1895 à sa disparition, retrouvé dans une bibliothèque de Brisbane.

Henri Gilbert, né à Nantes le 14 mai 1865, fils d'un marchand de chaussures, va, comme le héros de Jules Verne, se lancer dans un périple autour du monde à la suite d'un pari (de 10 000 livres anglaises). Mais, il devra effectuer ce voyage entièrement à pied, à l'exception évidente des traversées maritimes et sans le moindre argent autre que celui qu'il gagnera durant son aventure et qui sera obligatoirement utilisé pour assurer sa subsistance. Régulièrement, il devra informer les journaux qui le commanditent, le Radical d'Alger et La Dépêche du midi et, à son retour, pourra en publier le récit.

C'est ainsi que le 19 février 1895, Henri Gilbert quitte Paris avec pour seuls bagages un sac de voyage et un appareil photographique. Après avoir traversé l'Espagne, l'Algérie, la Tunisie, l’Égypte et la Mésopotamie, il joint Bombay puis Ceylan d'où il se rend à Singapour et Java avant d'atteindre l'Australie fin août-début septembre 1897 à Fremantle dans les environs de Perth.

Le 6 septembre, il est à Albany d'où il expédie ses dépêches en France et fait certifier, comme à toutes ses étapes, son passage par le maître des postes. Il commence le 13 septembre la traversée du désert de Nullarbor en suivant la ligne télégraphique. Il souffre alors énormément de la faim et de la soif, tombe malade et, après avoir miraculeusement échappé à un incendie de brousse, trouve refuge dans des stations d'élevage avant de reprendre son voyage.

Son passage est alors authentifié dans les villages d'Esperance, d'Israelite Bay, d'Eucla (en janvier 1898) et de Port Augusta où la population l'accueille chaleureusement en mars 1898. Après George Town puis Adélaïde, il parvient à Melbourne en juin 1898 où son arrivée est annoncée par la presse.

Le 13 août, il atteint Sydney et quatre mois plus tard, à la veille de Noël, arrive à Brisbane. Il a alors parcouru quatre mille huit cents kilomètres sur le sol australien ! Les journaux du Queensland lui consacrent de prestigieux articles et son départ pour la Chine est annoncé le 7 janvier 1899.

Mais c'est ici que le mystère demeure encore à ce jour. Alors qu'il projetait de traverser le Pacifique puis les États-Unis et l'Amérique du Sud afin de revenir à Paris pour le 1er juin 1900, toute trace de lui disparaît. Seul son journal est retrouvé par hasard dans une bibliothèque de Melbourne un siècle après son étrange disparition. L'ouvrage de 208 pages s'avère plus anecdotique que scientifique mais laisse d'agréables descriptions des déserts de l'Australie. Gilbert y loue l'hospitalité des habitants mais laisse une image très négative des aborigènes qu'il a rencontrés.

Bibliographie

A notre connaissance, seul Numa Broc dans son Dictionnaire des Explorateurs français du XIXe siècle (Tome IV, Océanie, CTHS, 2003, p.190-191) a consacré une étude à Henri Gilbert.

Henri Gilbert Publié dans le Western Mail, Perth, le 27 août 1897
(Western Mail) 


bulletin de la société jules verne

192 Août 2016

[ Un briseur de tabous hollywoodiens, Jules Verne

>>